Laissez-la venir, l’IA!

par Nelson Pereira

L’instrumentalisation des médias à des fins de propagande par les gouvernements et les intérêts financiers est un phénomène ancien, et seuls ceux qui n’ont jamais remis en question le pouvoir ignorent les limites établies. Comme l’a dit l’analyste politique américain Michael Parenti : « Seuls ceux qui s’éloignent du pieu sentiront la laisse autour de leur cou.»

Ceux qui ne travaillent pas dans les rédactions ignorent généralement tout du système de contrôle et formatage des journalistes. Ce système repose sur une multitude de facteurs.

Ce n’est pas un hasard si les journalistes chevronnés, forts de leur expérience et de leurs connaissances, sont remplacés par des jeunes en situation précaire, facilement influençables, qui ne se rendent pas compte de l’instrumentalisation dont ils sont victimes. La prochaine étape, déjà en cours, est la mise en place d’une IA destinée à les éliminer eux aussi. Cela s’accompagne fréquemment d’une image déconcertante, lorsque certains se réjouissent de cette transformation, à l’image de la dinde qui, toute excitée, célèbre l’approche de Noël.

Il y a aussi la censure, sous la forme de pressions hiérarchiques qui, tel un enclos électrique pour le bétail, finissent par créer une barrière psychologique. Mais plus pernicieuse encore est l’autocensure, lorsque le journaliste s’impose des restrictions accrues car, dans son désir de plaire à sa hiérarchie, il choisit d’exagérer.

La peur de perdre son emploi est un autre élément important de ce système. Dans certains cas, pour éviter de prendre des risques, le journaliste décide de se conformer pleinement aux attentes de sa hiérarchie. Comme le disait Upton Sinclair : « Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme quand son salaire dépend de son incompréhension.»

Le choix des collaborateurs est également crucial. Quelle catastrophe que cette rédaction où les postes de direction sont occupés par des individus peu sûrs d’eux, conscients de leurs lacunes ! Tout subordonné qu’ils soupçonnent d’être plus compétent les paniquera et deviendra un obstacle à éliminer. S’accrochant désespérément au pouvoir, ils s’entoureront de flagorneurs médiocres et serviles, de préférence sans passion pour le journalisme. Il en résulte une dégradation de la qualité journalistique de l’équipe. Dans une rédaction où règne une telle atmosphère, quiconque remet en question le moindre détail de la ligne éditoriale est perçu comme un perturbateur qui perturbe l’ambiance.

Mieux vaut l’IA.

Nelson Pereira